Rendu Phase 0 - Les pratiques numériques dans les écovillages
Lors d'un projet sur le numérique responsable réalisé au cours de l'année dernière, j'avais au début comme idée d'aller étudier le numérique dans des éco-lieux. J'avais l'a priori que, comme ce sont des lieux qui réinventent d'autres manières de faire société, il y aurait également un questionnement profond des numériques utilisés, vers des pratiques numériques sobres et socialement acceptables. En contactant différentes personnes proches ou habitant ces lieux, j'ai été étonnée : il semble que les usages numériques dans les écovillages soient les mêmes que ceux dans nos villes, bien que ces usages ne suivent pas leurs valeurs environnementales et sociales, qui sont elles-mêmes la raison d'être de ces lieux.
C'est notamment une discussion avec l'une de ces personnes qui a ouvert une porte : "Je ne crois pas qu’il y ait de numérique qui fasse plus de bien que de mal, ce serait séparer la numérisation de tout le système de domination et d’oppression qu’est la société actuelle et qui a permis cette numérisation.". Cette personne a mis les mots sur un malaise que j'avais et une incohérence : à mon image, les lieux alternatifs ont un idéal social et environnemental qui n'est pas atteint dans les numériques utilisés par ces lieux. Dès lors, une question m'a obsédée : est-ce que les numériques peuvent ne pas avoir un impact négatif ? Et qu'est-ce qui pousse des lieux alternatifs à tout de même utiliser des outils qui sont dévastateurs pour le vivant alors que ces lieux alternatifs se construisent justement en opposition aux systèmes oppresseurs ?
Un écovillage, est une agglomération rurale, ayant une perspective d'autosuffisance reposant sur trois axes : un modèle économique alternatif, une place prépondérante accordée à l'écologie et une vie communautaire active.
définition Wikipédia
Objectifs de l'étude et intérêt design :
- étudier les voies possibles des numériques futurs
- requestionner l'essentialité du numérique pour sortir du tout-numérique
- explorer des alternatives acceptables aux numériques ayant un impact négatif d'un point de vue social et environnemental
- étudier l'accès à ces alternatives pour la majorité de la population, en prenant l'angle des écovillages
- L'objectif n'est pas de dicter des "bonnes" ou "mauvaises" pratiques numériques, mais de réfléchir à quel numérique est le plus adapté à un ensemble de valeurs sociales et environnementales et à un contexte donné
Hypothèse de départ :
- Beaucoup d'écovillage utilisent des numériques dont les valeurs ne leur conviennent pas, alors qu'on pourrait imaginer plutôt que ça fait partie de la systémie de leurs questionnements
Autres hypothèses :
- Les freins à l'utilisation de numérique "responsable" semblent être le manque de compréhension ou sous-estimation des enjeux du numérique et/ou le manque de compétences dans le sujet
- Le numérique est vu comme secondaire, la mise en place va arriver après des aspects essentiels tels que se nourrir, financer le projet, imaginer la démocratie, qui arrivent au début de la conception du projet
- Il est compliqué de changer de solution numérique a postériori, à cause des dépendances créées (par exemple, un service de mailing va demander qu'on redonne la nouvelle adresse mail à toutes les personnes voulant nous contacter)
- Ces écovillages sont souvent très critiques de la technologie, certains allant même jusqu'à la bannir
Les pratiques a priori :
- numérique responsable
- utilisation d'applications et logiciels libres
- pratiques de réparation, habitudes de soin...
- techniques de bidouille, amélioration de l'existant
- usages responsables des numériques :
- questionnements critiques du numérique
- habitudes
- numérique "lambda" : utilisation du numérique "tout public" (utilisation des GAFAM, usages sans plus de questionnement, remplacement tous les 2 ans, pas ou très peu de débrouille...) =>
- technophobe : pas de numérique du tout
Périmètre de l'étude :
- Les usages dans des écovillages français
- Les impacts partout dans le monde, présents et futurs
Démarche imaginée :
- Dès maintenant : Premières recherches terrain pour explorer le numérique utilisé dans les écovillages : rencontres et mise en situation -> entretiens socios et experts
- Fin année sco : Poser une première problématique
- Tout au long de l'année : Recherche documentaire pour bien comprendre le sujet des écovillages et des impacts du numérique & entretiens expert -> état de l'art
- Dans l'idéal, co-construction de la solution avec les écovillages, en tout cas, aller-retours tout au long de l'année
Les freins et challenges :
- Réussir à outrepasser le biais : Face à des personnes potentiellement très critiques du numérique, il peut être compliqué de suggérer une utilisation positive (alors que ces personnes utilisent certainement le numérique)
- Compliqué pour une personne qui utilise quotidiennement le numérique de se rendre compte de ses usages
Réseau et personnes potentielles à contacter :
- les habitant-es d'écovillages -> woofing ?
- des personnes qui requestionnent la société, en marge d'une certaine manière
- potentiellement des familles donc tous les âges
- potentiellement tous types de professions, avec une appétence pour le manuel (?)
- des personnes sensibilisées à l'écologie et aux enjeux sociaux
- des personnes plus reliées entre-elles que dans les grosses villes
- plus proches physiquement
- un esprit de bidouille ?
- militantisme
- des personnes qui coordonnent ces écovillages :
- les maires / référent-es
- membres de réseaux d'écovillages => Arnaud STIMEC (de l'asso Oasis)(père d'une amie d'enfance)
- des expert-es dans le domaine des numériques alternatifs :
- ingénieurs : Leny BERNARD (en contact), Guénolé CONRAD (rencontré pendant mon tour de France)
- chercheur-euses : Thomas THIBAULT, Karl PINEAU,
- penseurs penseuses : Gabriel MALEK (décroissance),
- membres de collectifs : Alternatiba (Gauthier, reprendre contact), Low-Tech Lab (gros réseau, forte entraide)
- association PiNG
- des expert-es dans le domaine des futurs alternatifs :
- ingénieurs low-tech (Manuel GAULTHIER de Cap Low-Tech, association à Nantes pour promouvoir la low-tech, j'ai été en contact rapidement sur LinkedIn),
- écrivain-es d'imaginaires futurs
- prospective (Cécile DESAUNAY (ma coloc/proprio), travaille à Futurible)
- des militant-es ? personnes de ZAD par exemple
- des acteur actrices économiques :
- (en fonction de la réponse imaginée) des entreprises du numérique responsable
Projets de designer en lien :
- Les projets low-tech, tels que ceux développés au Low-Tech Lab requestionnent la place des technologies dans nos sociétés futures
- Les projets de Limites Numériques montrent l'impact du numérique et cherchent d'autres manières, innovantes, de répondre aux enjeux soulevés par ces solutions
- De nombreux projets réinventent le numérique : Commown, Mastodon, Signal, Wikipédia, les projets de l'Inspirothèque de Limites Numériques... => Pourquoi ces solutions ne se développent qu'à petite échelle ? Qu'est-ce qui manque pour qu'elles soient utilisées dans les écovillages ?